mercredi 23 septembre 2026

 Voici un article de valeurs actuelles très intéressant

https://www.valeursactuelles.com/societe/renforcer-le-solaire-et-leolien-deux-fois-zero-fait-toujours-zero

Renforcer le solaire et l’éolien : deux fois zéro fait toujours zéro

Alors que la France s’enfonce dans une crise énergétique qui pourrait se révéler gravissime, prenons le temps de nous poser la question suivante : pourquoi continuons-nous à investir dans des dispositifs de production d'électricité qui n’ont quasiment que des défauts ?

MF

Par Mickaël FontonPublié le 22 septembre 2026 à 17h00

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Commençons par quelques rappels physiques de base – en précisant d’emblée que tous les lecteurs peuvent comprendre les deux paragraphes qui vont suivre. La matière exposée est accessible à tous et devrait d’ailleurs être connue de tous.

Sur un réseau électrique, production et consommation doivent s’équilibrer à la seconde près en tout point du réseau, sinon la tension et la fréquence dépassent les limites de fonctionnement des appareils qui sont connectés et c’est la catastrophe. La consommation augmente, la production doit suivre, la consommation baisse, la production en fait de même : chaque jour, chaque heure, chaque minute. Tout ceci doit donc pouvoir être commandé, piloté, par les autorités compétentes. En particulier il faut que les moyens de production soient capables d’assurer à coup sûr la consommation lorsque celle-ci est maximale, en général à 19 heures en hiver. Ce n’est évidemment pas le cas du solaire (il fait nuit) ni de l’éolien (il arrive qu’il n’y ait pas de vent). On peut d’ailleurs vérifier aisément l’absence d’électricité d’origine éolienne et solaire certaines de ces soirées d’hiver sur des sites comme « eco2 mix » du Réseau de transport de l’électricité (RTE). Tout est accessible en temps réel. Il fait nuit, il fait froid, tout le monde s’éclaire et se chauffe et pas un seul électron ne provient du moindre panneau solaire ou de la moindre éolienne. Rien. Zéro. Ce n’est pas une question de « pas assez » c’est une question structurelle. Pas de soleil, pas de vent, pas d’électricité.

Le train de 7h05 partira quand le soleil brillera

Or de l’électricité, il en faut. Les trains roulent, les hôpitaux sont éclairés, les usines tournent, les fours chauffent dans les cuisines familiales. Que font donc les électriciens ? Ils gardent une capacité pilotable (nucléaire, fossile ou hydraulique) plus ou moins égale à leur consommation maximale. En Allemagne, par exemple, pays qui prétend miser à terme intégralement sur les énergies renouvelables (et qui pour cela a déjà installé la bagatelle de 200 GW de solaire et d’éolien) il reste 81 GW de centrales pilotables, dont 65 GW à combustibles fossiles (le fameux lignite) pour une puissance appelée maximale d’environ 80 GW. On rappelle ici qu’un gigawatt (GW) correspond à peu près à la puissance d’un réacteur nucléaire. Les renouvelables, qui peuvent être aux abonnés absents exactement quand on a besoin d’eux, ne sont pas, ne peuvent pas être pris en compte. C’est aussi bête que ça. On ne produit pas de l’électricité pour le plaisir d’en produire mais pour en fournir aux gens qui en ont besoin. Et la fournir quand ils en ont besoin, pas le lendemain.

Les pays construisent donc deux réseaux parallèles : un ensemble pilotable et un « complément » en éolien et solaire. En Allemagne on peut comprendre l’intérêt de ce (très onéreux) doublon ; l’éolien et le solaire font baisser l’émission directe de CO2 puisqu’on remplace de l’électricité produite en cramant du lignite par de l’électricité produite par du vent. Cela ne règle en rien la question cruciale de la disponibilité, on l’a dit, mais au moins, quand ça marche, c’est un peu plus vert (moins d’ailleurs si on intègre les émissions liées à la construction des renouvelables mais enfin passons). Mais en France ? Ce n’est pas du tout le cas puisque l’essentiel de notre électricité, issue du nucléaire et de l’hydraulique, est déjà décarbonée. L’édification d’un doublon en éolien et solaire relève donc d’une incroyable gabegie financière – on parle quand même de plusieurs dizaines de milliards d’euros – mais aussi environnementale du fait de l’énorme quantité de matériaux utilisée pour rien. Parvenu à ce point, la question que devrait se poser tout esprit normalement câblé est évidemment : pourquoi ? Pourquoi continuer à dire, comme vient encore de le faire Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) que les renouvelables, c’est formidable ?

La connaissance inutile

Il y a plusieurs éléments de réponse. Le premier renvoie à un biais cognitif qu’il est important d’expliciter. L’énergie est la source de toute chose. Quoi de plus merveilleux que de la recevoir du soleil et du vent ? La « gratuité » de ces derniers est plus facile à percevoir que celle du pétrole ; or c’est une erreur. Le vent est « gratuit » mais le récupérer ne l’est pas du tout – et c’est la même chose pour le soleil. Par ailleurs le pétrole, c’est noir et visqueux, quand le vent et les doux rayons du soleil sont légers, presque poétiques. Je ne me moque pas : quand une belle idée nous touche, il est très difficile de s’en détacher, de cesser d’y croire, de reconnaître que l’on s’est trompé. Le physicien Richard Feynman disait que s’attacher à une théorie, c’est comme tomber amoureux ; la rupture est toujours douloureuse et il arrive qu’on ne s’en remette jamais complètement. L’objectivité n’a plus à rien à voir dans l’histoire. De fait, le dogme de la nécessité de l’éolien et du solaire comme énergie est bien devenu une croyance.

Y a-t-il un physicien à l’Élysée ?

Autre facteur majeur qui explique cet égarement collectif : la désaffection d’une grande partie des acteurs (citoyens, médias et politiques) pour les filières scientifiques. Nos « élites » ont en grande majorité une formation littéraire et juriste (Sciences-po, Ena…) ou pas de formation du tout. Leur rapport à la science est ambigu : vénérée pour le changement climatique, contestée pour les OGM. La vraie science n’a rien à voir là-dedans, c’est uniquement une question de morale ou, comme on l’a dit, de croyance, d’image, de rôle social. De manière générale cette ignorance crasse des données de base du problème (énergie ? puissance ?) participe activement à rendre possible des choses aussi absurdes que la Programmation pluriannuelle de l’électricité (la fameuse PPE), laquelle prévoit encore d’installer près de 100 GW d’éolien et de solaire alors que les 50 GW dont nous disposons actuellement posent déjà d’énormes problèmes de gestion au réseau électrique – et, redisons-le, sont rarement là quand on a besoin d’eux.

Le citoyen militant contre l’expert

Troisième facteur : l’invisibilisation des (vrais) experts. Ils s’expriment depuis des années mais, au mieux, ils ne sont pas entendus, au pire, ils sont moqués. Lors d’une des nombreuses consultations du public pour la PPE en 2019, on a pu entendre ceci, dans la bouche du président de ladite consultation, Jacques Archimbaud : « il est assez évident qu’une nette différence d’appréciation se fait jour […] entre les postures constatées parfois chez certains spécialistes du sujet et des citoyens très exigeants et soucieux qu’on accélère le pas en matière de transition pour tenir les engagements pris dans la loi. » Les experts expliquent, soulignent, alertent, mais tout ceci ne compte pas : ce qui compte ce sont les « citoyens très exigeants et soucieux ». Rappelons que les experts en question étaient : la Cour des comptes, l’Académie des Sciences, l’Académie des Technologies ou des sommités comme Jacques Percebois et Claude Mandil. Il est vrai que Monsieur Archimbaud est l’homme qui a négocié l’accord électoral sur la réduction du nucléaire entre les écologistes et le parti socialiste… D’ici à penser que la conclusion de la « consultation publique » était écrite à l’avance…

Et tout ce petit monde ne craint pas le ridicule. À la question posée par les experts – la France a-t-elle jamais eu besoin des ENR intermittentes ? – le gouvernement répond avec une constance têtue : « pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, en cas de problème systémique sur le nucléaire ». On se frotte les yeux devant de pareilles âneries : un dispositif de secours qui serait intermittent ! Sécuriser une filière qui n’a connu aucun problème depuis 40 ans en lui ajoutant un système qui la déstabilise et qui fonctionne quand il en a envie. Vous vous imaginez appeler de vrais urgentistes – les pompiers – et entendre ceux-ci vous répondre : « rappelez demain, là, il n’y a pas de vent. »

Nos amis allemands…

Il y a ensuite la question du champ politique. L’extrême-gauche mouvementiste (dont Greenpeace demeure le symbole vivant) étant antinucléaire, et ayant par conséquent fait de l’éolien et du solaire un véritable totem, si vous vantez les mérites de l’atome ou critiquez les renouvelables vous êtes au mieux un lobbyiste, au pire, un fasciste, un climatosceptique, bref : vous êtes socialement mort. L’écologisme décroissant et radical, très activiste et rompu à la propagande et à l’entrisme, ayant fini par peser fortement dans le processus électoral (même sans véritable programme de gouvernance réaliste), il n’est pas étonnant que l’intoxication ait gagné la quasi-totalité des sphères dirigeantes, en particulier dans la haute administration.

Il y a naturellement le rôle décisif de l’Allemagne, sur lequel les yeux commencent doucement à s’ouvrir. En Europe, l’Allemagne a joué un rôle décisif dans l’essor des énergies renouvelables. Forte de sa puissance économique, le lobby de sa Energiewende (transition énergétique) a fait des ravages qui dépassent d’ailleurs le thème de l’énergie. Un programme antinucléaire et basé sur le solaire et l’éolien implique forcément, du moins jusqu’à maintenant, un fort complément en gaz. C’était l’opportunité pour les Russes de ficeler une partie de l’Europe… on sait ce qu’il en est advenu. Pour conserver sa capacité à développer du nucléaire, la France a dû batailler contre la Commission européenne (et donc contre l’Allemagne) pour obtenir que le nucléaire soit inclus dans les procédés non émetteur de CO2 – classement vertueux dont découlent des possibilités de financement. Il s’en est fallu de très peu que le nucléaire en soit exclu, contrairement au gaz, ce qui aurait constitué une aberration de plus. Il est vrai que, pendant des années, les représentants français supposés défendre le nucléaire étaient eux-mêmes… antinucléaires. Cherchez l’erreur. À noter que le travail de sape de l’Allemagne ne s’est pas arrêté au fiasco de l’EPR, rendu volontairement inconstructible. Il continue.

Qui est l’idiot utile de qui ?

Enfin un dernier facteur entre en jeu pour expliquer le pourquoi de cet incroyable scandale, de ce défi à la raison : il s’agit de ce que le sociologue Francis Chateauraynaud appelait « l’inter-instrumentalisation des acteurs ». De quoi s’agit-il ? L’engouement du public (l’air du temps en quelque sorte, l’idée qu’il y a quelque chose de nouveau, qui est beau et bon) et surtout la création d’un marché réglementé (priorité aux ENR et contrats avantageux garantis par la loi) ont évidemment attiré une foule d’opérateurs pour qui l’opportunité d’investissements en partie subventionnés et à rentabilité garantie à vingt ans (!) était une aubaine. Ces personnes que l’on qualifiera poliment « d’entrepreneurs avisés » font cause commune avec les militants de Greenpeace. C’est l’alliance du financier et du zadiste. Par exemple ils publient de manière quasiment conjointe les fameuses études « Negawatts » censées prouver, à partir d’approximations douteuses, de pensée magique et de statistiques faussées, qu’on peut tout faire avec des sources d’énergie intermittentes…

Mais il y a plus subtil : les vendeurs de produits fossiles (Total, Engie) s’y mettent aussi : plus d’énergies intermittentes, c’est plus de gaz en « back up » (en secours) pour les nuits sans vent, et c’est une épine dans le pied du nucléaire. En outre, ça retourne l’échelle des valeurs : pour une fois, ils sont du côté du bien. (Du moins le pensent-ils ! Gardons-nous de les détromper en leur disant que les militants décroissants ne veulent pas un Total « vertueux », ils veulent un Total « mort »). Beati pauperes spiritu

D’une manière générale, l’ensemble des entités économiques peut trouver des opportunités dans un domaine qui représente des centaines de milliards d’investissements. Seul EDF pourrait mener la fronde : il est le perdant magnifique de l’histoire. Mais plutôt que de se battre pour plus de vérité, ses dirigeants ont préféré se taire et essayer eux aussi de profiter de la manne. Il est vrai qu’ils n’ont guère le choix : aucune entreprise ne peut aller contre son actionnaire. Il a fallu que certains dirigeants « opérationnels » prennent sur eux de faire fuiter des publications internes montrant les difficultés du réseau à s’adapter à l’intermittence, au péril des installations nucléaires, pour que le sujet soit repris dans la presse.

Bref ! Industriels, financiers, médias, écologistes, politiques : tous ont maintenant des intérêts dans la chose ; la leçon de Chateauraynaud est qu’on ne sait plus où est le moteur de toute cette machinerie et qui, là-dedans, est l’idiot utile de qui.

Comment tout ceci va-t-il se terminer ?

Le monde réel et les lois de la physique sont intraitables, même s’ils réagissent sur le temps long. Un jour, les Allemands en auront marre de payer des éoliennes, des panneaux solaires et des batteries. Un jour nous aurons des difficultés sur les réseaux, comme en Espagne. Un jour, le grand public finira par comprendre pourquoi le prix de l’électricité augmente alors qu’il est souvent réduit à zéro sur les marchés de gros…

Le scénario optimiste est un atterrissage en douceur ; sans trop le dire, on diminuera les subventions, on laissera agir le marché, la part d’éoliennes et de panneaux solaires diminuera au fur et à mesure de la fin de vie des installations (20 à 30 ans). Le scénario plus sombre est une prise de conscience subite, attisée par des acteurs intéressés, internes ou externes au pays, et une colère légitime envers ceux qui ont participé, voire encouragé cette énorme gabegie. Avec des conséquences sociales et politiques imprédictibles.